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Calle Loynaz (Rue Loynaz)

matériaux divers

600x 600x 850cm

performances, lectures et rencontres à l’intérieure de ce kiosque

2012

 

Ciudad Generosa est un projet du collectif 4ta Pragmática Pedagógica dont j’ai fait partie de 2009 à 2012. Nous avons décidé de construire une sorte de ville ouverte à tous, où chaque membre du collectif devait se construire sa propre maison. Une maison pour inviter les visiteurs à rester, à parler, à habiter sans temps prédéfini.

Je me suis intéressée à l’histoire de ce parc peu entretenu, presque tombé dans l’oubli. Ce parc faisait partie d’une vaste forêt jusque dans les années 1880. Les ruines que l’on peut aujourd’hui y observer sont celles de l’hôtel Trotcha, dont la construction à la fin du XIXe siècle fut financée par Buenaventura Trotcha. La modernité de ses installations a attiré la Commission d’intervention américaine au début du XXe siècle. Afin de satisfaire aux conditions imposées par les dignitaires américains, un système d’éclairage électrique y fut installé.

A la lecture du journal intime du frère de la poétesse Dulce Maria Loynaz, j’ai découvert qu’elle se rendait dans les jardins de cet hôtel, dans son enfance, pour admirer la lumière électrique. Cette image serait le souvenir d’enfance le plus marquant de Loynaz. Dans la conception de ma maison, j’ai tenté d’associer cette histoire aux représentations contemporaines construites par les habitants du quartier. Mes recherches sur l’hôtel Trotcha m’ont appris qu’il donnait sur un grand jardin avec des gloriettes où les visiteurs s’installaient dans la soirée pour converser et se reposer à la lueur des ampoules électriques. J’ai donc conçu ma maison comme une gloriette ouverte à tous, comme un espace à la limite entre le public et l’intime. Au centre de mon kiosque, j’ai placé un grand polygone de verre entourant un néon enroulé suggérant le filin d’une ampoule. Mon objectif était de remettre en lumière cet espace abandonné aux ombres. Autour de cette ampoule, j’ai fixé des bancs de bois rempaillés, imitant les caractéristiques des assises de l’époque. Sur le sol de la gloriette, j’ai placé deux empreintes de pieds en céramique. Originellement, ces empreintes étaient celles de mes pieds. Mais la cuisson de la céramique les a faites réduire jusqu’à ressembler à des empreintes de pieds d’enfant, rappelant ceux de Dulce Maria Loynaz lorsqu’elle venait contempler les lumières de l’hôtel. La poétesse était un peu présente au travers de ces formes.

Trois semaines avant l’inauguration de Ciudad Generosa, l’État nous a refusé la permission de travailler dans ce parc parce qu’il est situé sur une des avenues empruntées quotidiennement par le Président de la République. Les organisateurs nous ont proposé un nouveau parc situé à quelques rues, dans le même quartier. Mon travail étant profondément lié au lieu initial, il paraissait absurde de le présenter dans cet autre parc. J’ai finalement décidé d’installer mon kiosque dans le deuxième parc, mais de créer un lien avec l’autre lieu au travers d’actions.

Chaque jour, j’ai porté des vêtements similaires à ceux du début du XXe siècle et j’ai lu des poèmes de Dulce Maria Loynaz dans ma gloriette. Le soir, la lumière projetée par l’ampoule attirait les gens qui venaient partager des histoires, des poèmes, des moments. Afin de marquer la générosité de notre ville, chaque artiste offrait un souvenir aux visiteurs. J’ai donc donné des miroirs pour que le visiteur puisse jouer, élargir et communiquer avec les reflets de l’ampoule et, d’une certaine façon, rapporter un peu de ma lumière chez eux. Le dernier jour de la Ciudad Generosa, j’ai réalisé une performance pour connecter les deux lieux. Je suis allée au parc Trotcha et j’ai marché entre les ruines.

Description de la performance: Après quelques minutes j’ai allumé une petite lumière de poche que j’avais entre mes mains. J’ai continué à marcher et, à l’aide de la lumière, j’ai dessiné mon kiosque et sa grande lumière sur l’espace où j’aurais dû initialement réaliser ma gloriette. La lumière toujours allumée, j’ai entrepris de rallier la Ciudad Generosa. A mon arrivée dans le parc, tout était plongé dans l’obscurité, afin que j’amène métaphoriquement l’esprit de la lumière. Au moment où j’ai posé le pied dans la gloriette, l’ampoule géante s’est allumée. Je me suis assise et j’ai commencé à jouer avec les miroirs et à les déposer par terre autour de la lumière pour observer les reflets et les réactions. Peu à peu les gens se sont approchés et ont spontanément commencé à jouer avec les reflets de la lumière à l’aide de leur miroir.

 

Calle Loynaz (Rue Loynaz) exposition collective Ciudad Generosa, 3ra y E, La Havane, Cuba

Dans le cadre officiel de la Onzième Biennale de La Havane, 4ta Pragmática Pedagógica

Avec le soutien de René Francisco Rodriguez, l’Instituto superior de arte de La Havane, Consejo nacional de las artes plásticas de Cuba, l’Ambassade de France et l’Ambassade d’Espagne à Cuba

Calle Loynaz éclairée pendant la nuit
Vues de l’intérieur
Vues de l’intérieur
Vue de l’intérieur
Vue de l’intérieur
Calle Loynaz pendant la performance
Calle Loynaz pendant la performance
Calle Loynaz pendant la performance
Calle Loynaz pendant la performance
Parc Trotcha pendant la performance
Parc Trotcha pendant la performance
Parc Trotcha pendant la performance